. Rubrique de presse : "Nice : retour vers le futur" (réalisé par P. Camps et Y. Merens, Nice Matin, 29/01/2000).

Le retour de Guy David au poste d'entraîneur redonne espoir et confiance. Commentaires et réactions de David, Taveggia, Peyrat, Ricort, Damiano...

 

La nouvelle s'est répandue à grande vitesse, hier en ville. A la suite d'une réunion de la plus haute importance dans les salons de la mairie, I'OGC Nice se donnait un nouvel entraîneur : Guy David ! Jacques Peyrat, le sénateur-maire de Nice et Paolo Taveggia, le président-délégué du club ont scellé de nouveaux accords et entériné entre autres cette décision. Après de longs mois de « brouille », les deux plus importantes composantes du club se sont engagées dans un projet à long terme et paraissent enfin sur la même longueur d'onde. Malheureusement et par discrétion, personne n'a voulu entrer dans les détails des négociations. En dehors d'une collaboration plus étroite sur la bonne marche du club, ils ont simplement dévoilé une première décision d'importance : le retour de Guy David et de Roger Ricort à la tête de l'équipe professionnelle. Ils seront les patrons techniques et Christian Damiano retourne au centre de formation. En début d'après midi, les joueurs ont été prévenu dans le secret des vestiaires. Plus tard, devant de nombreux supporters, une conférence de presse s'est tenue, précisant les termes exacts du nouveau projet sportif.

David - Taveggia - Spagnolo - Ricort

Guy David: partir, revenir

Guy David était parti sur la pointe des pieds, le 14 septembre 1999. Deux jours après une défaite à Ajaccio (1-0). Une décision n'ayant aucun rapport avec les résultats décevants. L'entraîneur n'était pas de nature à abandonner le navire dans la tempête. Ses expériences à Toulon, à Beauvais, au Havre, à Rennes dans des conditions délicates l'ayant « blindé ». Mais l'homme avait été durement touché par le comportement et les attaques d'un président, Primo Salvi ne lui portant aucune considération. Après un sauvetage réussi dans des conditions miraculeuses, il avait été simplement interdit de recrutement par M. Salvi. Puis victime d'ingérences à répétition dans le domaine technique. Avant de craquer définitivement à la suite de propos tenus à son encontre dans un journal israélien.

Trop, c'était trop. Les larmes aux yeux (de tristesse ou de rage), le cœur en marmalade, la voix cassée, la moustache en berne, les bons mots au placard, il s'était retiré au milieu des siens. Tête à tête et oxygénation cérébrale avec madame. Longues promenades dans l'arrière-pays avec son chien. Jamais le Ray ne l'avait revu. Discrétion ? Pudeur ? Mais il se tenait au courant de tout. "Je souffrais en silence... J'étais parti en claquant la porte de l'insupportable. Tant de gachis... Canal + et quelques amis m'ont aidé à traverser le désert. J'ai vu et commenté des matches de haut niveau, souvent en Italie. Même à mon âge, on apprend encore... Je suis tellement heureux de revenir car je veux m'attacher à ce club où tout est à construire. Je veux poser mes valises et surtout pas être en pré-retraite. Et redonner plus de rouge que de noir à Nice."

Avec Roger Ricort

Roger Ricort avait enduré le même supplice. Du mauvais côté du manche, le directeur du centre de formation avait été "promu" à la CFA ! Primo Salvi ne lui parlait plus qu'à l'aide de lettres recommandées ! Ambiance. En silence, les deux hommes souffraient. Mais ne désespéraient pas. Ils attendaient simplement que la roue tourne en leur faveur, sachant que le football est un sport bien capricieux. Tomczyk et Sitruk en marquant deux fois dans les dernières minutes du dernier Nice-Laval ont probablement accéléré un processus engagé à la suite des déceptions précédentes et notamment des déroutes à Lyon-Duchère et Guingamp. II reste maintenant à réaliser le plus difficile: bâtir enfin un vrai club digne de ce nom et... gagner des matches ! Le programme que les deux revenants ont devant les yeux n'est pas très engageant : deux déplacements à Nîmes et Créteil. Mais à 14 matches de la fin du championnat (le même contrat que l'an dernier sur la durée pour Guy David) et dans le Gard où le club s'était justement sauvé (contre Nîmes et lors d'un match aux Costières considéré comme terrain neutre), les deux hommes y ont peut-être vu un clin d'oeil du destin.

Le marathon de Paolo Taveggia

Paolo Taveggia connaît le football depuis longtemps. Sa carte de visite parle pour lui. Les problèmes de Nice ne peuvent pas surprendre un homme qui a fréquenté le gratin du Calcio. Mais cela ne l'a pas empêché de vivre une dure et longue journée. Entre la rencontre avec Jacques Peyrat, I'annonce faite à son entraîneur Christian Damiano de quitter ses fonctions, I'entrevue avec les joueurs, la réunion avec tout le personnel de l'OGCN et une conférence de presse rondement menée dans un français de plus en plus châtié, il n'a pas vu tourner le chronomètre. Et comme la veille, il avait passé plus de quatre heures à convaincre Guy David et Roger Ricort (en compagnie d'Alessandro Spagnolo) de revenir aux affaires avant d'en entretenir longuement Francesco Sensi, par téléphone, à Rome, il a bien mérité de passer un week-end plus calme."C'est une journée très importante car pour la première fois, nous allons réunir des hommes pour mettre en place un vrai projet de club. Je tiens à remercier Christian Damiano qui a travaillé dans des conditions délicates. II a accepté de retourner vivre sa mission au centre de formation. "

"Une question de feeling"

Le patron a longuement insisté sur l'unité qui devait présider les débats. Plus question, de clans, d'humeur, de rivalité. Un ange passe autour de la table."Le challenge est excitant mais difficile à relever. Le maire l'a bien compris et nos intérêts sont assez similaires : la réussite." Alors qu'il avait bien précisé il n'y pas si longtemps que jamais David et Ricort ne reviendraient aux affaires, Paolo Taveggia a donc changé d'avis. "Pas à cause des résultats mais après avoir écouté toutes les parties en présence et constaté que l'identité niçoise collait bien avec les deux personnages et que leur compétence était très reconnue dans le football. Une question de feeling."

Des trapézistes sans filet.

Les noms des heureux élus peuvent donc surprendre ceux qui souhaitaient de la nouveauté. II est rare en effet que l'on rappelle des techniciens dans le même club. Mais Paolo Taveggia n'a pas caché que Guy David et Roger Ricort n'avaient pas eu les moyens de travailler correctement avec son prédécesseur. Cela veut dire aussi que les deux responsables et leur staff technique n'ont plus le droit à l'erreur et qu'ils sont comme des trapézistes sans filet. Mais avec la confiance de la direction, ce qui est énorme dans le contexte. Et presque nouveau...

Commentaires

CHRISTIAN DAMIANO nous a fait parvenir le communiqué suivant : "Après douze années passées à la Direction technique rationale, je suis arrivé à l'OGC Nice pour diriger le centre de formation. A la fin du mois de septembre, suite à la démission de l'entraîneur, les dirigeants m'ont sollicité pour prendre en charge l'équipe professionnelle. Je me suis mis naturellement à la disposition de mon club. Aujourd'hui, pour diverses raisons, la direction du club souhaite me retirer la responsabilité de l'équipe. Je respecte cette décision et je retourne donc à la formation, ce qui constituait ma mission initiale. "

ROBERTO ONORATI : " C'est une bonne chose pour l'OGC Nice. On va pouvoir travailler avec un staff à moyen terme sans oublier de résoudre les problèmes actuels. II faut s'éviter une mauvaise surprise... Pour cela, tout le monde doit retrouver la confiance et donner son maximum. Enfin, n'occultons pas Christian Damiano qui n'aura pas eu la tâche facile. ''

FRÉDÉRIC GIORIA : "Depuis 15 ans que je suis dans le milieu pro-niçois, c'est la première fois que je sens un vrai projet pour bâtir enfin un club solide et compétent. M. Taveggia a eu le courage de changer les choses et d'aller contre certaines opinions bien marquées. C'est une bouffée d'oxygène pour l'OGC Nice qui vient là de vivre un grand jour. Au-delà de ma promotion, c'est là mon cœur rouge et noir qui parle. Quant à mon nouveau role d'entraineur adjoint, il me transcende et je vais m'investir à cent pour cent pour Guy David et Roger Ricort qui a toujours été dans le vrai. Cela dit, je ne renie rien de ce que i'ai fait avec Christian Damiano. Mais une page se tourne. Place au terrain."

Roger Ricort sort de l'ombre

Roger Ricort n'est pas homme à cacher ses sentiments. II n'est pas de ceux qui dissimulent leurs états d'âme ou brouillent leurs opinions. Alors, bien sûr, il est heureux. Ravi d'avancer, enfin, en harmonie avec un club qui fait battre son cœur. Comblé de retravailler avec Guy David qui est aussi son ami. Mais en ce jour de nomination, Ricort ne danse point sur les tables. II ne fait pas valser, non plus, les noms de ceux qui lui ont si souvent marché sur les pieds...

Ricort

"Je suis content de retrouver un poste à responsabilités", lâche en préambule celui qui devient, à ce jour, responsable technique. Un poste qui couvre plusieurs étages. Le terrain et les dossiers. Le jeu et les projets. On connaît son entente avec Guy David. Elle ne contient aucun nuage. Reste à ce que l'équipe retrouve, elle, un brin de soleil. Alors, Ricort parle de dynamique et d'état d'esprit. Motivé, ce Niçois à la quarantaine franche et alerte se fait une joie de dessiner avec les dirigeants italiens les premiers traits véritables d'un futur à promesses. Lucide, il dit avoir retenu toutes les leçons d'un certain passé. "Le rôle du grand méchant loup, ça va un temps... Même si à Nice le contexte est si particulier !", lance celui qui ne sera tout de même jamais un agneau. Hier, cible d'un certain Primo Salvi, qui dira à Paolo Taveggia lors de leur passation des pouvoirs "Le problème ? C'est Ricort !", il passe d'un centre de formation dont il fut à la base à l'équipe de CFA. Un retrait qui ne changea rien à son discours. "J'ai tonjours eu la même ligne de conduite", souligne-t-il avec justesse. Ce ne fut pas le cas de tout le monde... "Il est la victime d'une certaine guerre. C'est regrettable car il connaît le football et les hommes", disait, il y a peu, Paolo Taveggia dont le jugement fera son chemin. Niçois de Saint-Roch, Roger Ricort s'habille de « rouge et noir » depuis toujours. II n'ignore rien du club et de sa ville. "Il me reste maintenant à être à la hauteur", conclut celui dont le contrat court sur 18 mois. Le temps d'une reconstruction...

Le maire vote pour !

Jacques Peyrat, le sénateur-maire de la ville de Nice, a reçu hier matin longuement le président-délégué italien Paolo Taveggia. Le tour de table a été sans concession et les deux hommes ont vite trouvé un terrain d'entente afin de relancer le projet d'un grand club à Nice. Une fois de plus, Primo Salvi a été la principale cible des décideurs. "Depuis quelques temps je ne cache pas que j'avais une opinion déplorable de la situation du club. Les résultats, la manière, les attitudes, tout me déplaisait dans le quotidien de I'OGC Nice. De saut de puce en saut de puce on n'avançait pas et on s'enlisait. La merge de manœuvre s'étant considérablement réduite il fallait trouver d'autres solutions. C'est ce que j'ai tenté de faire en rencontrant à la mairie M. Paolo Taveggia. Les ltaliens ont beaucoup investi mais ils ont éte victimes des agissements curieux de Primo Salvi. Celui ci a fait un mal considérable au club et je suis d'autant plus à l'aise pour en parler que c'était mon sentiment premier et qu'il n'a jamais varié depuis le premier jour. Le seul tort de M. Sensi est de ne pas m'avoir écouté à l'époque car nous aurions gagné du temps. En son successeur M. Taveggia j'ai trouvé un homme d'une grande compétence et nous avons décidé de tout remettre à plat dans un climat de confiance réciproque. Je suis très satisfait du retour aux affaires de Guy David et de Roger Ricort. La saison actuelle ne peut plus rien nous apporter mais il faut penser à demain. Il y a du travail et il est clair que la ville souhaite qu'un grand club s installe durablement en première division. Nous allons tous ensemble sortir de ce gouffre dans lequel le Gym est plongé depuis trop longtemps. C'est un message d'espoir que je veux faire passer ici. Ces derniers temps j'ai véritablement trop souffert de fréquenter un stade vide, de lire et d'entendre toutes ces remarques acerbes et d'enregistrer les résultats catastrophiques. Aux nouveaux responsables, je leur souhaite de bien travailler et de construire un projet enfin cohérent.